A Suivre

Côte d’Ivoire : la TVA sur les intrants et aliments d’élevage ramenée de 18 % à 9 %, les aviculteurs jugent la mesure insuffisante

La réduction du taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur certains produits et opérations liés à l’élevage, décidée par les autorités ivoiriennes dans le cadre de la loi de finances 2026, est accueillie avec prudence par les acteurs du secteur avicole, qui estiment que la mesure reste insuffisante au regard des difficultés structurelles de la filière.

Dans un communiqué publié cette semaine, la Direction générale des impôts (DGI) a annoncé la suppression de plusieurs exonérations de TVA, notamment celles portant sur les aliments pour bétail et animaux de basse-cour, les intrants servant à la fabrication de ces aliments, ainsi que les intrants destinés à la fabrication des engrais et leurs emballages.

Selon l’annexe fiscale de la loi de finances 2026, ces produits et opérations devaient être soumis au taux normal de TVA de 18 %. Toutefois, afin d’en atténuer l’impact immédiat sur les secteurs concernés, une ordonnance signée le 7 janvier 2026 et publiée le 16 janvier institue un taux réduit de 9 %, en lieu et place du taux normal, précise la DGI.

La mesure entre en vigueur à compter du samedi 17 janvier 2026. Les opérations réalisées entre le 5 et le 16 janvier 2026 ne feront pas l’objet de recherche en paiement de la TVA, mais toute taxe éventuellement facturée durant cette période devra être reversée au Trésor public, ajoute l’administration fiscale.

Du côté des professionnels, l’Association nationale des aviculteurs modestes de Côte d’Ivoire (ANAM-CI) salue une « première prise de conscience » des autorités face aux difficultés du secteur de l’élevage, tout en jugeant que le taux réduit de 9 % demeure trop élevé pour une activité majoritairement exercée par de petits producteurs.

Selon l’analyse de son président, la grande majorité des éleveurs ivoiriens évolue dans l’informel, non par choix mais par nécessité, en raison de marges très faibles, aggravées par le coût élevé des aliments pour animaux, la cherté des intrants vétérinaires, les pertes sanitaires récurrentes, l’accès limité au financement et l’insécurité des marchés.

L’application d’une TVA, même réduite à 9 %, sur les intrants et aliments d’élevage entraîne, selon l’organisation professionnelle, une augmentation mécanique des coûts de production, une baisse de la compétitivité des produits locaux face aux importations et une fragilisation accrue des petits éleveurs. Elle pourrait également freiner la formalisation du secteur et poser un risque pour la sécurité alimentaire nationale.

L’ANAM-CI rappelle que l’élevage constitue un secteur stratégique pour la Côte d’Ivoire, en raison de son rôle dans la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois en milieu rural, l’autosuffisance alimentaire et la stabilité sociale.

Face à cette situation, l’association plaide pour la suppression totale de la TVA sur les aliments et intrants d’élevage, ainsi que pour la mise en place de mesures d’accompagnement spécifiques, incluant des subventions ciblées, des facilités fiscales, un meilleur accès au crédit et un appui technique renforcé.

Les aviculteurs appellent également à une politique fiscale incitative encourageant la formalisation du secteur, ainsi qu’à une concertation permanente entre l’État et les organisations professionnelles.

« Taxer un secteur en difficulté ne le développe pas. Accompagner l’élevage, c’est investir dans l’avenir alimentaire et économique de la Côte d’Ivoire », souligne le président de l’ANAM-CI, qui affirme la disponibilité de son organisation à travailler avec les autorités pour bâtir des solutions durables et adaptées aux réalités du terrain.

Durandeau

Laisser un commentaire