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Sept choses à savoir sur les tourbières

Les tourbières ne couvrent que 3 % des terres émergées, mais stockent environ deux fois plus de carbone que toutes les forêts du monde, ce qui en fait des héros méconnus dans la lutte contre les changements climatiques. Lorsqu’elles sont en bon état, les tourbières – écosystèmes gorgés d’eau constitués de végétation en décomposition – contribuent également à la filtration de l’eau et abritent des espèces rares.
Pourtant, les tourbières sont fragiles et, partout dans le monde, elles sont drainées pour faire place à des terres agricoles et à des villes. Près de 12 % des tourbières mondiales sont aujourd’hui dégradées. Lorsqu’elles sont endommagées, elles libèrent du carbone – parfois stocké depuis des millénaires – qui contribue au réchauffement de la planète, intensifiant la crise climatique.
L’Initiative mondiale pour les tourbières, lancée en 2016 avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) comme partenaire fondateur, réunit plus de 60 autres organisations pour protéger ces écosystèmes essentiels. Grâce au financement du Fonds pour la nature du PNUE (UNEP Nature Fund) et de l’Initiative internationale pour le climat (IKI), l’Initiative a publié l’Atlas mondial des points chauds des tourbières – The State of the World’s Peatlands in Maps. Cet atlas cartographie les menaces qui pèsent sur les tourbières et décrit comment les pays peuvent préserver ces écosystèmes essentiels.
« L’atlas est la première ressource de ce genre », déclare Juan Carlos Vasquez, chef de l’Unité biodiversité, peuples et paysages du PNUE. « C’est un bond en avant dans la compréhension des lieux et des raisons pour lesquelles ces écosystèmes sont les plus menacés – et, surtout, de la façon dont nous pouvons restaurer et protéger ces puits de carbone vitaux. » Voici sept de ses principales conclusions.

Répartition mondiale des tourbières. Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024


• Les tourbières continuent d’être découvertes partout dans le monde
S’appuyant sur plus de 200 jeux de données individuels portant sur les tourbières et des facteurs connexes, tels que le sol et l’eau, cette carte constitue l’aperçu le plus actuel de leur répartition. Les tourbières ont été mal comprises et sous-évaluées pendant des siècles, en raison du manque de connaissances scientifiques, de données fiables, ainsi que de perceptions culturelles négatives – souvent perçues comme des terres stériles qu’il faut drainer pour les rendre utiles à des fins humaines. Pour illustrer à quel point ces milieux ont été négligés, de nombreuses petites tourbières continuent d’être documentées. À cette fin, des zones de tourbières dites « probables » ont été incluses afin d’encourager une évaluation plus approfondie et des travaux de recherche sur le terrain.
• Les tourbières sont des points chauds de la biodiversité
De la luciole bleu irisé de la toundra arctique à l’orang-outan de Bornéo vivant dans les tourbières des forêts tropicales humides, certaines des flores et faunes sauvages les plus rares au monde dépendent des écosystèmes tourbeux pour leur habitat et leurs routes migratoires. Cependant, l’intensification des activités humaines dans ces milieux met en danger plus de 300 espèces végétales et plus de 600 espèces animales endémiques aux tourbières. L’Atlas présente les régions où les tourbières abritent les plus fortes concentrations d’espèces rares, qui constituent des points chauds de biodiversité qu’il est essentiel de protéger.

La carte illustre la répartition mondiale des tourbières ainsi que les points chauds de biodiversité, où : (1) le marron indique les zones abritant des écosystèmes tourbeux, qui stockent de grandes quantités de carbone ; (2) le vert clair représente les régions où la richesse en espèces, pondérée selon leur rareté, est supérieure à la moyenne mondiale ; (3) le vert foncé met en évidence les zones où cette richesse pondérée est particulièrement élevée, dépassant d’un écart-type la moyenne mondiale. Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024


• L’agriculture est la principale menace pour les tourbières
L’eau étant essentielle à la santé des tourbières, le drainage artificiel – souvent lié aux activités agricoles – en constitue la principale cause de dégradation. Leur fragilité les rend également particulièrement vulnérables à d’autres activités humaines, telles que « le surpâturage et le piétinement, les déversements d’hydrocarbures et les incendies, les dépôts de déchets et les infrastructures – les changements climatiques aggravant encore davantage la dégradation », indique l’Atlas. En raison de son ancienneté, la tourbe est une matière complexe et difficile à restaurer – voire parfois impossible.

De nombreux pays – en particulier en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique du Sud – connaissent une dégradation importante de leurs tourbières. La carte illustre le pourcentage de dégradation des tourbières nationales dans le monde, selon le code couleur suivant : le rose clair (0 à 2 %) indique une dégradation minimale ; le pêche (2 à 10 %) correspond à une dégradation faible ; le rouge orangé (10 à 40 %) représente une dégradation modérée ; le rouge foncé (40 à 70 %) traduit une forte dégradation ; le bordeaux (70 à 100 %) signale une dégradation très élevée ou quasi totale ; le gris indique les pays pour lesquels aucune donnée n’est disponible. Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024
• Les tourbières sont une source majeure d’émissions de dioxyde de carbone responsables du réchauffement climatique
Environ 4 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre d’origine anthropique proviennent de tourbières dégradées. La principale cause de ces émissions est le drainage : en privant les tourbières de leur eau, on expose leurs sols riches en carbone à l’oxygène, ce qui accélère la décomposition de la matière organique et libère des gaz à effet de serre. La carte indique, pour chaque pays, les émissions de gaz à effet de serre provenant des tourbières, liées au drainage pratiqué pour la foresterie, l’agriculture ou l’extraction de la tourbe. Elle exclut les émissions générées par les incendies. Ces données peuvent aider les pays à mieux préserver leurs tourbières pour atteindre leurs objectifs de réduction des émissions au titre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.


La carte présente, pour chaque pays, la quantité d’émissions de gaz à effet de serre provenant des tourbières. Ces émissions sont calculées sur la base des superficies de tourbières drainées utilisées pour la foresterie, l’agriculture ou l’extraction de la tourbe, en appliquant les facteurs d’émission établis par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024
• Les feux de tourbières peuvent devenir des événements à très fortes émissions
Les incendies de tourbières peuvent libérer davantage de gaz à effet de serre que tout autre type d’incendie – jusqu’à dix fois plus de carbone par hectare que les feux de forêt classiques. Cela dit, les incendies sont des phénomènes naturels dans de nombreux écosystèmes, et des tourbières en bon état peuvent en subir sans que le feu ne pénètre la couche de tourbe ni ne libère le carbone qu’elle stocke. Le risque survient lorsque des feux se déclenchent dans des tourbières drainées, ce qui peut entraîner des incendies profonds et étendus, contribuant de manière significative aux changements climatiques.


La carte présente les principaux foyers d’incendie dans les tourbières entre 2013 et 2022, tout en indiquant la présence des phénomènes climatiques La Niña et El Niño. Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024
• Le monde doit faire plus pour protéger les tourbières
Seules 19 % des tourbières mondiales se trouvent dans des aires protégées.
Qui plus est, selon l’Initiative mondiale pour les tourbières, celles situées dans ces aires continuent souvent de se détériorer en raison d’une application inadéquate des réglementations censées les préserver.


Tourbières à l’intérieur et à l’extérieur des aires protégées. Crédit : Global Peatland Hotspot Atlas, PNUE 2024 
Étant donné que de nombreuses populations dépendent des tourbières pour leurs moyens de subsistance et leurs conditions de vie, l’Atlas souligne que les plans de protection doivent tenir compte des réalités des peuples autochtones et de leurs communautés locales, intégrer une approche sensible au genre, et s’appuyer sur un engagement inclusif de l’ensemble des parties prenantes pour être véritablement efficaces.
• Certains pays s’unissent pour sauver les tourbières
Grâce à des outils fondés sur la science, tels que l’Atlas mondial des points chauds des tourbières, l’Initiative mondiale pour les tourbières du PNUE élabore de nouvelles stratégies nationales de conservation – comme l’inclusion historique des tourbières dans les Contributions déterminées au niveau national (CDN) du Pérou dans le cadre de l’Accord de Paris. Afin de continuer à renforcer les connaissances sur ces écosystèmes, l’Initiative collabore désormais avec les gouvernements nationaux et les chercheurs locaux pour valider sur le terrain les données satellitaires et élaborer des atlas régionaux et nationaux, accompagnés de recommandations politiques adaptées.
« Cet atlas n’est qu’un point de départ », déclare M. Vasquez. « En travaillant main dans la main avec les gouvernements et les experts locaux, nous transformons les données en actions, en veillant à ce que les tourbières soient non seulement cartographiées, mais aussi véritablement protégées. »


Cette histoire a été rendue possible en partie grâce aux contributions de la Finlande et de la Norvège au  Fonds pour la nature du PNUE, qui permet de trouver des solutions mondiales agiles et innovantes pour la nature. Découvrez comment soutenir le PNUE dans ses investissements en faveur des populations et de la planète.

ONU Environnement

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