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Côte d’Ivoire : l’américain ExxonMobil se lance dans la chasse au pétrole

Au large des côtes ivoiriennes, les géants pétroliers affûtent de nouveau leurs outils. Le 4 février 2026, le gouvernement ivoirien a accordé à ESSO, filiale du groupe américain ExxonMobil, une autorisation de reconnaissance sur trois blocs offshore CI 524, CI 803 et CI 806, ravivant les ambitions pétrolières d’Abidjan et confirmant l’attractivité retrouvée de son bassin sédimentaire.

L’annonce a été faite à l’issue du Conseil des ministres par le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly. Elle marque une étape stratégique dans la politique énergétique ivoirienne, qui cherche à consolider ses ressources en hydrocarbures tout en attirant des investisseurs de premier plan. Pour ExxonMobil, il s’agit surtout d’un retour appuyé dans une zone encore largement sous-explorée, mais jugée prometteuse à la lumière des découvertes récentes dans le golfe de Guinée.

Une reconnaissance avant l’exploration

Prévue par le Code pétrolier ivoirien, l’autorisation de reconnaissance ne constitue pas encore un permis d’exploration. Elle permet toutefois à son bénéficiaire de mener des études préliminaires, notamment géologiques et géophysiques, afin d’évaluer le potentiel en hydrocarbures d’un périmètre donné. Surtout, elle offre une exclusivité de négociation pour la signature d’un futur contrat pétrolier.

Dans le cas présent, ESSO bénéficie d’une autorisation d’un an, dont six mois d’exclusivité pour négocier des contrats de partage de production sur tout ou partie des blocs concernés. Une fenêtre stratégique, qui permet à ExxonMobil de sécuriser sa position avant d’éventuels concurrents, dans un contexte où les majors pétrolières se montrent plus sélectives dans leurs investissements.

Pourquoi la Côte d’Ivoire attire ExxonMobil

Si ExxonMobil revient prospecter dans les eaux ivoiriennes, ce n’est pas par hasard. Depuis une dizaine d’années, la Côte d’Ivoire s’impose progressivement comme un nouvel acteur crédible du pétrole et du gaz en Afrique de l’Ouest. La découverte du gisement Baleine par Eni en 2021, suivie de mises en production rapides, a profondément changé la perception du bassin ivoirien.

Ces succès ont mis en évidence des similitudes géologiques avec les bassins ghanéen et nigérian, déjà riches en hydrocarbures. Pour ExxonMobil, habituée aux projets offshore complexes et à forte intensité capitalistique, ces blocs représentent une opportunité de se positionner en amont, à un stade où les coûts d’entrée restent maîtrisés.

Un signal fort envoyé aux investisseurs
Au-delà du cas ExxonMobil, cette autorisation envoie un signal clair aux marchés : la Côte d’Ivoire veut rester ouverte aux grandes compagnies pétrolières internationales. Dans un environnement mondial marqué par la transition énergétique et la pression sur les énergies fossiles, Abidjan mise sur un cadre juridique stable, une administration proactive et un discours pragmatique sur l’exploitation de ses ressources.

Le gouvernement entend ainsi renforcer la contribution du secteur extractif à l’économie nationale, tout en diversifiant ses partenaires. Les hydrocarbures représentent déjà une source croissante de recettes fiscales et d’exportations, même si les autorités affirment vouloir éviter une dépendance excessive.

Entre ambitions économiques et défis environnementaux

Cette relance de la prospection pétrolière soulève toutefois des interrogations. Les organisations environnementales rappellent les risques liés à l’exploration offshore, notamment pour les écosystèmes marins et les communautés côtières. Le gouvernement assure, de son côté, que les normes environnementales seront strictement appliquées et que toute étape ultérieure fera l’objet d’évaluations d’impact rigoureuses.

Pour l’heure, ExxonMobil n’en est qu’aux prémices. Mais sa présence suffit à repositionner la Côte d’Ivoire sur la carte pétrolière régionale. Si les études confirment le potentiel des blocs CI 524, CI 803 et CI 806, Abidjan pourrait bien entrer dans une nouvelle phase de son histoire énergétique, sous le regard attentif des majors et des marchés internationaux.

Durandeau

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