Côte d’Ivoire : un lexique collaboratif pour lutter contre la précarité menstruelle
En Côte d’Ivoire, un lexique consacré à la santé et à la dignité menstruelle a été lancé samedi à Abidjan sous la conduite de Madoussou Touré, présidente de l’ONG SMED-CI. Conçu avec quatre organisations engagées sur la question, l’outil vise à harmoniser le langage, lutter contre les tabous et soutenir un plaidoyer national en faveur des femmes et des jeunes filles confrontées à la précarité menstruelle.
Le document, élaboré lors d’un atelier qui a enregistré la participation de vingt ONG opérant sur les questions de menstruation, est composé de termes et définitions qui tournent autour de l’appareil génital féminin, comme la « précarité menstruelle », la « dignité menstruelle », « la ménopause », etc. Il a été conçu dans le cadre du projet national « Sang pour Sang pour la Santé et la Dignité Menstruelle », porté par SMED-CI, ORAF, l’ONG Arc-en-Ciel du Bonheur et JFA.

« Ce lexique est essentiel pour parler d’une même voix et porter loin notre message », explique Madoussou Touré, présidente de SMED-CI et cheffe de file du projet. « Il permettra aux communautés, aux acteurs de terrain, aux médias et même aux décideurs de comprendre les mêmes concepts, sans confusion, et de diffuser le message. »
« Nous l’avons adapté à la réalité ivoirienne pour qu’il soit fluide, accessible et compris par tous », a précisé Madoussou Touré, selon qui le lexique doit servir de référence nationale pour parler des menstruations, encore entourées de silence, de honte ou de fausses croyances.
« Définir clairement ce qu’est la dignité menstruelle, la précarité menstruelle ou encore les notions liées à la santé reproductive est indispensable pour diffuser un message juste, inclusif et déstigmatisant », souligne Mme Touré, qui déplore que « beaucoup de jeunes filles manquent l’école pendant leurs règles à cause de la honte et des tabous ».
Au-delà du lexique, Madoussou Touré rappelle que le projet défend une vision plus large : « Chaque fille, chaque femme mérite de vivre ses règles sans honte, sans tabou, sans être pointée du doigt. Il faut un environnement qui leur permette de gérer leurs menstruations dignement, partout où elles se trouvent. »
À la suite de l’élaboration du lexique, une campagne sera menée à travers tout le pays durant un an. Au menu : plaidoyer, sensibilisation et collecte de données, ainsi que des actions de communication dans les communautés. « Nous attendons des autorités qu’elles adoptent une loi sur la santé et la dignité menstruelle. »
Leader engagée, Madoussou Touré veut faire de ce lexique le moteur d’un changement durable. « C’est un projet ambitieux, mais nous pouvons aller loin si nous parlons tous la même langue. L’objectif, c’est de porter la voix des femmes pour qu’aucune ne souffre d’indignité en période menstruelle », conclut-elle.
Les ONG ont également sollicité l’appui des médias, jugés essentiels pour diffuser ce vocabulaire commun et faire évoluer la perception des menstruations en Côte d’Ivoire.
Durandeau



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