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Côte d’Ivoire : le projet « le rouge, c’est la vie » de l’ONG Arc-en-ciel du Bonheur s’attaque à la précarité menstruelle dans les marchés

Dans les marchés d’Abidjan, des milliers de femmes travaillent chaque jour sans disposer d’infrastructures adaptées pour gérer leurs menstruations. Pour répondre à cette réalité, l’ONG ivoirienne Arc-en-ciel du bonheur a lancé le projet « Le rouge, c’est la vie », au cours d’un atelier de sensibilisation et de formation dédié à la santé et à la dignité menstruelles.

L’atelier a réuni des présidentes de marchés, des femmes commerçantes ainsi que des représentantes d’organisations de personnes en situation de handicap. Il marque le début d’un programme de six mois visant à améliorer les connaissances, l’accès aux protections hygiéniques et les pratiques d’hygiène menstruelle dans plusieurs marchés de la capitale économique.

Former des relais au cœur des marchés

L’un des objectifs du projet est la mise en place de points focaux communautaires dans les marchés. Ces femmes, formées lors de l’atelier, auront pour mission de sensibiliser leurs pairs et de servir de relais d’information.
« Le projet Le rouge, c’est la vie consiste à écouter les femmes, à comprendre leur vécu et à les sensibiliser sur la santé et la dignité menstruelles », explique Aby Koné, épouse Kamaté, présidente de l’ONG Arc-en-ciel du bonheur.
« Les points focaux vont aussi orienter les femmes vers des structures de santé quand cela est nécessaire », précise-t-elle.

Des pratiques à risque liées au manque d’infrastructures

Dans de nombreux marchés, l’absence de toilettes propres et accessibles complique la gestion des règles. Certaines femmes conservent leurs protections toute la journée, faute d’espace pour se changer.
« Il y a des femmes qui gardent leur serviette hygiénique toute la journée, soit parce qu’elles n’ont pas d’endroit pour se changer, soit parce qu’elles ne savent pas qu’il faut la changer toutes les quatre heures », explique Aby Koné épouse Kamaté.
Selon l’ONG, ces pratiques exposent les femmes à des infections et à d’autres complications sanitaires.

20 000 serviettes hygiéniques prévues

Pour répondre aux besoins immédiats, le projet prévoit la distribution de 20 000 serviettes hygiéniques, soit environ 5 000 serviettes par marché, dans quatre marchés ciblés : le grand marché d’Anyama, le marché BC, le marché Kennedy et le marché d’Abobo-Samanké.
Des banques de serviettes seront mises en place, sous la responsabilité des points focaux et des présidentes de marchés, afin de garantir un accès gratuit et rapide aux protections.

Les “Menstrues Box”, une initiative appelée à s’étendre

L’ONG développe une solution plus durable : les « Menstrues Box », des boîtes contenant des protections menstruelles.
« Nous voulons installer des Menstrues Box dans les marchés, mais aussi dans les écoles, les restaurants et les entreprises », explique la présidente de l’ONG.
L’objectif est de permettre aux femmes d’accéder facilement à des serviettes en cas de besoin, tout en contribuant à briser le tabou autour des menstruations.

Le coût des protections en question

La question du prix des produits menstruels reste un frein pour de nombreuses commerçantes. « Acheter des serviettes à 500 ou 1 000 francs CFA par mois représente un coût important pour des femmes aux revenus modestes », souligne la présidente de l’ONGArc-en-cielduBonheur.
Mme Kamaté plaide pour la détaxation des produits menstruels, estimant qu’ils doivent être considérés comme des produits de première nécessité.

Les femmes handicapées, un public prioritaire

Le projet accorde une attention particulière aux femmes en situation de handicap, souvent confrontées à une double précarité.
« Elles vivent leurs menstruations dans des conditions très difficiles », explique Konna André Sophie, directrice exécutive de la coordination des associations de personnes handicapées de Côte d’Ivoire.

Selon l’ONG, environ 1 000 serviettes hygiéniques sont déjà distribuées chaque mois à ces femmes, et le dispositif devrait être renforcé.

Vers une meilleure prise en compte de la santé menstruelle

Pour les responsables de marchés, l’initiative répond à un besoin concret. « La sensibilisation et les box menstruelles vont aider les femmes à mieux gérer cette période », estime Timite Mariam, présidente du marché Berry d’Anyama.

À travers « Le rouge, c’est la vie », l’ONG Arc-en-ciel du bonheur entend faire de la santé menstruelle un enjeu de santé publique, de dignité et de droits, dans des espaces où les femmes sont au cœur de l’activité économique.

« La menstruation ne doit plus être un frein à l’activité économique ni un facteur d’exclusion », résume Aby Koné épouse Kamaté, ajoutant que « la menstruation est un droit humain ».

Pour rappel, Arc-en-ciel du Bonheur est une organisation à but non lucratif engagée pour le bien-être, la santé et la dignité des femmes. L’ONG mène des actions de sensibilisation, des formation, et de solidarité autour de la santé menstruelle.

Durandeau

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